Premier placement : par quoi commencer vraiment ?
Par La rédaction — Patrimoine Magazine · Publié le · Mis à jour le
On ne commence pas par choisir un produit, on commence par mettre de l'ordre. Trois choses passent avant le premier euro placé : un matelas de sécurité disponible, des dettes chères réglées, et une durée décidée à l'avance. Le produit vient en dernier, et c'est normal.
La question arrive presque toujours dans le désordre. « Je veux placer, je prends quoi ? » Le produit est pourtant la dernière décision de la liste, pas la première. Un placement mal séquencé se solde souvent par un retrait précipité six mois plus tard, au pire moment.
Voici l'ordre des étapes, tel qu'un conseiller sérieux le déroulerait, et ce que chacune vous demande concrètement.
Faut-il vraiment garder de l'argent de côté avant de placer ?
Oui, et c'est l'étape que l'on saute le plus souvent. Tant qu'un imprévu peut vous obliger à casser un placement, ce placement n'est pas vraiment installé.
Un lave-linge qui lâche, une franchise d'assurance, un mois de revenus décalé : ces événements ne préviennent pas. S'ils tombent au moment où votre placement est en baisse, vous vendez à perte, sans autre raison que le calendrier.
Le montant se calcule à partir de vos dépenses fixes, pas de vos revenus. Additionnez loyer ou crédit, charges, courses, transports, assurances. Si le total mensuel atteint 1 500 €, une réserve de trois mois représente 4 500 €, et six mois 9 000 €. Beaucoup se situent entre les deux.
Cette réserve doit rester disponible en quarante-huit heures, sur un support sans variation de valeur. Le sujet est détaillé dans notre article sur le montant de l'épargne de précaution.
Faut-il rembourser ses crédits avant de placer ?
Cela dépend entièrement du coût du crédit. Un crédit à la consommation à taux élevé grignote chaque mois une somme certaine, tandis qu'un placement ne rapporte rien de certain.
Prenons un exemple. Un crédit renouvelable de 4 000 € à 15 % par an coûte environ 600 € d'intérêts la première année. Rembourser par anticipation supprime ce coût de façon sûre. Aucun placement ne peut faire cette promesse, et personne ne devrait vous la faire.
Pour un crédit immobilier ancien à taux modéré, l'arbitrage est bien moins évident : il faut comparer le taux réel, la durée restante et l'assurance emprunteur. Nous avons consacré un article entier à ce calcul, rembourser son crédit ou placer.
Règle simple : traitez d'abord les dettes dont le taux dépasse nettement ce que vous pouvez raisonnablement espérer ailleurs.
Pendant combien de temps cet argent peut-il rester immobilisé ?
Avant de choisir un support, écrivez une date. Pas une intention vague, une date.
Cette date change tout. De l'argent nécessaire dans dix-huit mois pour un apport ne se traite pas comme de l'argent dont vous n'aurez pas besoin avant quinze ans. Le premier ne supporte aucune variation forte, le second peut en absorber.
Un piège fréquent : mélanger les deux dans une même enveloppe. Vous croyez placer à long terme, puis un projet avance et vous retirez au bout de deux ans. Le résultat dépend alors du hasard du calendrier bien plus que de la qualité du support choisi.
Séparer les sommes par horizon règle le problème à la source. La méthode est décrite dans comment répartir son épargne entre trois horizons.
Quelle baisse êtes-vous capable de supporter sans rien faire ?
C'est la question la plus utile, et la moins posée. Elle ne se répond pas en pourcentage, mais en euros.
Un recul temporaire de 25 % sur 3 000 € représente 750 €. Le même recul sur 40 000 € représente 10 000 €. Le pourcentage est identique, la réaction humaine ne l'est pas du tout.
Posez-vous la question à l'envers : quelle somme pouvez-vous voir disparaître temporairement de votre relevé sans dormir mal et sans appeler votre banque ? Ce chiffre-là fixe votre exposition raisonnable, bien mieux qu'un questionnaire de profil rempli en cinq minutes.
Le sujet mérite d'être creusé avant de signer quoi que ce soit : voir quelle part de risque peut-on vraiment supporter.
Dans quel ordre franchir les étapes ?
Le tableau ci-dessous résume l'enchaînement. Chaque ligne suppose la précédente réglée.
| Étape | Ce qu'elle demande | Signe que c'est fait |
|---|---|---|
| 1. Réserve | 3 à 6 mois de dépenses | Somme disponible sous 48 h |
| 2. Dettes chères | Solder les taux élevés | Plus de crédit conso en cours |
| 3. Horizon | Écrire une date par projet | Chaque somme a sa date |
| 4. Tolérance | Chiffrer la baisse acceptable | Un montant en euros posé |
| 5. Enveloppe | Choisir le contenant fiscal | Compte ouvert et alimenté |
| 6. Support | Choisir le contenu | Premier versement effectué |
L'ordre compte autant que le contenu. Sauter l'étape 1 pour aller directement à l'étape 6 est la cause la plus banale des mauvaises expériences de départ.
Avec quelle somme peut-on commencer ?
Plus petite que ce que l'on imagine. La plupart des enveloppes s'ouvrent avec quelques centaines d'euros, parfois moins, et acceptent des versements réguliers modestes.
Commencer petit a un avantage réel : vous découvrez vos propres réactions sur une somme qui ne vous fait pas peur. Vous verrez concrètement comment vous vivez une baisse de 10 %, ce qu'aucun questionnaire ne vous dira.
Attention toutefois aux frais fixes. Des frais de dossier de 30 € sur un versement de 200 € représentent 15 % avalés d'entrée. Sur les petites sommes, ce sont les frais fixes, pas les frais en pourcentage, qui font mal.
Que vérifier avant de signer le premier contrat ?
Quatre points, dans cet ordre.
D'abord, l'identité de l'intermédiaire. Un professionnel autorisé à commercialiser des placements en France est enregistré et vérifiable. Les listes officielles et les mises en garde publiques sont consultables sur le site de l'Autorité des marchés financiers.
Ensuite, les conditions de sortie : sous quel délai récupérez-vous les fonds, et à quelles conditions ?
Puis les frais, tous les frais : à l'entrée, chaque année, à la sortie, et sur les arbitrages.
Enfin, la mention du risque. Un document commercial qui ne parle jamais de perte possible vous en dit long sur son auteur. Un placement peut perdre de la valeur, et un document honnête l'écrit noir sur blanc.
Faut-il se faire accompagner pour démarrer ?
Cela dépend surtout du temps que vous êtes prêt à y consacrer, pas de la somme en jeu.
Faire seul est parfaitement possible aujourd'hui. Les enveloppes s'ouvrent en ligne, les documents sont accessibles, et les frais sont généralement plus bas. En contrepartie, chaque décision et chaque vérification vous incombent.
Se faire accompagner a un intérêt réel dans deux cas : quand votre situation comporte des contraintes particulières, comme une succession en cours ou une activité indépendante, et quand vous savez que vous ne ferez jamais les démarches seul.
Attention toutefois à identifier comment votre interlocuteur est rémunéré. Un conseiller payé par honoraires et un vendeur payé à la commission ne vous orienteront pas de la même façon. Posez la question directement, elle est légitime et la réponse doit être précise.
Un point de repère utile : un accompagnement qui commence par vous interroger sur votre situation est un bon signe. Un rendez-vous qui commence par présenter un produit vous indique que la vérification d'adéquation n'a pas eu lieu.
Quelles erreurs de démarrage reviennent le plus souvent ?
Quatre reviennent presque systématiquement.
Placer de l'argent dont on aura besoin bientôt, faute d'avoir écrit une date. C'est la plus fréquente et la plus coûteuse.
Souscrire dans l'urgence, parce qu'une offre est présentée comme limitée dans le temps. Aucun placement sérieux ne se décide en quarante-huit heures.
Verser une somme trop importante d'un coup, sans avoir jamais vécu de baisse. La réaction se découvre alors dans les pires conditions.
Ouvrir plusieurs contrats la même semaine, par enthousiasme, sans savoir lequel sert à quoi. Un seul contrat compris vaut mieux que trois subis.
Ce qu'il faut retenir
- La réserve de sécurité passe avant tout placement : sans elle, un imprévu vous fait vendre au mauvais moment.
- Un crédit à taux élevé se solde avant de placer ; le gain est certain, contrairement à celui d'un placement.
- Chaque somme placée doit avoir une date de besoin écrite à l'avance.
- Mesurez votre tolérance au risque en euros, pas en pourcentage : 25 % de 3 000 € et de 40 000 € ne se vivent pas pareil.
- Sur de petits montants, les frais fixes pèsent bien plus lourd que les frais en pourcentage.