Rendement affiché et rendement réel : le bon calcul
Par La rédaction — Patrimoine Magazine · Publié le · Mis à jour le
Le chiffre mis en avant sur une brochure est presque toujours un chiffre brut. Entre lui et ce qui arrive sur votre compte, il y a les frais, l'impôt et l'érosion des prix. Quatre soustractions dans le bon ordre suffisent à obtenir le montant qui vous concerne vraiment.
Deux placements peuvent afficher le même chiffre et ne rien laisser de comparable. La différence ne se voit pas sur la plaquette, elle se voit sur le relevé, plusieurs années plus tard.
La bonne nouvelle est que le calcul ne demande aucune compétence particulière. Il demande seulement de faire les opérations dans l'ordre, et de ne pas en oublier une.
Que désigne le chiffre affiché sur une plaquette ?
Dans la plupart des cas, une performance brute annualisée constatée sur une période passée. Trois précisions se cachent derrière chaque mot.
Brute signifie avant prélèvement d'une partie des frais, parfois avant tous. Selon les supports, certains frais sont déjà déduits et d'autres non, et la mention se trouve en bas de page.
Annualisée signifie ramenée à une moyenne par an. Une moyenne lisse les années, elle ne dit rien de leur enchaînement.
Constatée sur une période passée signifie que ce chiffre décrit ce qui a eu lieu. Il n'engage rien pour la suite, et la valeur peut baisser comme monter.
Le chiffre n'est donc pas faux. Il répond simplement à une question qui n'est pas la vôtre.
Quelles couches faut-il retirer, et dans quel ordre ?
L'ordre compte, parce que chaque soustraction s'applique au résultat de la précédente.
D'abord les frais qui portent sur l'encours, c'est-à-dire prélevés chaque année sur la valeur détenue. Ensuite les frais d'entrée ou de sortie, prélevés une seule fois. Puis la fiscalité, appliquée au gain. Enfin l'érosion des prix, qui ne se prélève nulle part mais réduit ce que la somme permet d'acheter.
| Couche retirée | Sur quoi elle porte |
|---|---|
| Frais annuels | La valeur détenue, chaque année |
| Frais ponctuels | Le versement ou le retrait |
| Fiscalité | Le gain réalisé |
| Hausse des prix | Le pouvoir d'achat de la somme |
Les deux premières couches sont contractuelles et figurent dans les documents précontractuels. La troisième dépend de l'enveloppe choisie. La quatrième ne dépend de personne.
À quoi ressemble le calcul sur un cas chiffré ?
Prenons une hypothèse de travail, sans valeur de prévision : un versement unique de 20 000 €, une progression brute supposée de 4 % sur un an, des frais annuels de 1,6 %, une fiscalité au prélèvement forfaitaire unique et une hausse des prix de 2 %.
La progression brute donne 800 €. Les frais annuels prélèvent 1,6 % de 20 000 €, soit 320 €. Il reste 480 € de gain.
La fiscalité s'applique ensuite. Le prélèvement forfaitaire unique s'élève à 30 %, dont 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Sur 480 €, cela représente 144 €. Il reste 336 €.
Reste l'érosion. Une hausse des prix de 2 % sur l'année exige 400 € pour maintenir le pouvoir d'achat de 20 000 €. Avec 336 € de gain net, le compte n'y est pas : le pouvoir d'achat recule d'environ 64 €.
Le chiffre de départ était de 4 %. Le résultat en pouvoir d'achat est légèrement négatif. Rien n'a été truqué, aucune couche n'a été inventée.
Pourquoi les frais pèsent-ils autant sur la durée ?
Parce qu'ils se prélèvent chaque année sur une base qui grossit, et parce qu'ils privent aussi des gains que cette part aurait pu produire.
Sur une seule année, 0,6 % d'écart entre deux offres semble négligeable. Sur quinze ans, l'écart cumulé change l'ordre d'arrivée de deux placements dont les performances brutes étaient identiques.
C'est la raison pour laquelle la comparaison de deux produits commence par leur grille tarifaire, pas par leur historique. Le sujet est développé dans frais de placement : leur coût réel sur dix ans.
Attention aux frais qui ne portent pas le mot frais : commission de mouvement, marge sur les ordres, rétrocession. Ce que touche le distributeur est expliqué dans ce que votre banque gagne sur les produits proposés.
Comment l'enveloppe fiscale change-t-elle le résultat ?
Beaucoup, et c'est le levier le plus souvent négligé.
Le prélèvement forfaitaire unique de 30 % constitue le régime de droit commun pour les revenus de placements financiers. Certaines enveloppes s'en écartent, avec leurs propres conditions de durée et de plafond.
Un même support détenu dans deux enveloppes différentes ne laisse donc pas le même montant net. Comparer deux produits sans préciser l'enveloppe revient à comparer deux prix sans préciser la devise.
Les règles applicables et leurs conditions sont publiées par l'administration fiscale. Le choix entre les principales enveloppes est détaillé dans PEA, assurance-vie ou compte-titres : comment choisir.
Un point pratique : la fiscalité s'applique généralement au moment du retrait, pas chaque année. Le calcul complet se fait donc à l'échéance envisagée, pas au premier anniversaire.
Pourquoi intégrer la hausse des prix au calcul ?
Parce qu'elle décide de ce que la somme permettra d'acheter, ce qui est le seul objectif final d'une épargne.
Un gain net de 336 € dans un environnement où les prix montent de 2 % ne représente pas 336 € de capacité d'achat supplémentaire. La comparaison utile se fait toujours après cette étape.
L'indice des prix à la consommation, publié chaque mois par l'Insee sur insee.fr, sert de référence. Il donne une moyenne nationale, et votre propre panier peut évoluer différemment.
La méthode pour traduire cette érosion en euros sur votre situation figure dans inflation et épargne : mesurer l'érosion en euros.
Comment appliquer ce calcul à votre propre relevé ?
L'exercice devient beaucoup plus parlant sur vos chiffres que sur un exemple.
Prenez la valeur de votre support au 1er janvier et celle du 31 décembre. La différence, augmentée des versements retirés et diminuée des versements ajoutés dans l'année, donne votre gain ou votre perte réelle en euros.
Comparez ensuite ce montant à la performance affichée par l'établissement pour la même année. L'écart correspond à ce que les frais ont prélevé, plus l'effet du calendrier de vos versements.
Cet écart est l'information la plus utile de tout l'exercice. Il est propre à votre situation, il ne figure sur aucune plaquette, et il se recalcule chaque année en dix minutes.
Notez-le quelque part. Trois années de suite, il révèle une tendance que ni la brochure ni l'historique ne montrent.
Quelles questions poser avant de comparer deux offres ?
Quatre demandes permettent d'aligner deux propositions sur la même base.
Le chiffre annoncé est-il net de tous les frais, et lesquels précisément ? La réponse doit citer une liste, pas un oui.
Quel est le total des frais annuels, exprimé en pourcentage de l'encours ? Ce chiffre unique remplace utilement une grille de six lignes.
Dans quelle enveloppe le support est-il détenu, et quelle fiscalité s'applique au retrait ?
Sur quelle durée le chiffre a-t-il été calculé, et existe-t-il un historique année par année ? Une moyenne masque l'enchaînement, et l'enchaînement conditionne votre capacité à tenir.
Une offre qui répond aux quatre sans détour vous permet de comparer. Une offre qui n'y répond pas ne se compare à rien.
Ce qu'il faut retenir
- Le chiffre affiché est presque toujours brut, annualisé et rétrospectif : il ne décrit pas ce qui vous reviendra.
- Retirez dans l'ordre les frais annuels, les frais ponctuels, la fiscalité, puis la hausse des prix.
- Illustration hypothétique : sur 20 000 €, 4 % bruts moins 1,6 % de frais et 30 % de fiscalité laissent 336 €, insuffisants face à 2 % de hausse des prix.
- Le prélèvement forfaitaire unique s'établit à 30 %, dont 17,2 % de prélèvements sociaux, sauf enveloppe particulière.
- Comparez deux offres uniquement après les avoir ramenées à la même base : mêmes frais déduits, même enveloppe, même durée.