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Ormuz, pétrole à 90 dollars : l'effet jusqu'à votre budget

Par La rédaction — Patrimoine Magazine · Publié le

Illustration : Ormuz, pétrole à 90 dollars : l'effet jusqu'à votre budget

Des frappes militaires dans le détroit d'Ormuz ont fait repasser le Brent au-dessus de 90 dollars le baril, en hausse de 2,4 %. Entre ce détroit et votre facture de chauffage, il n'y a que quelques semaines et deux ou trois intermédiaires. Voici la chaîne complète, et ce qu'elle change réellement pour un crédit, une épargne ou un projet immobilier.

En bref — Les forces américaines ont frappé deux lanceurs de missiles sur l'île de Larak, dans le détroit d'Ormuz ; Téhéran a répliqué contre des forces américaines en Jordanie. Le Brent a grimpé de 2,4 %, au-dessus de 90 dollars le baril. Ce détroit voit passer environ un cinquième du pétrole mondial, ce qui explique qu'un événement local se lise aussitôt sur les prix de l'énergie. La suite de la chaîne — inflation, puis taux d'intérêt — touche votre crédit et votre épargne, mais avec des délais et des effets très inégaux selon votre situation.

Pourquoi ce détroit fait bouger les prix

Les forces américaines ont visé deux lanceurs de missiles installés sur l'île de Larak, dans le détroit d'Ormuz. Téhéran a répliqué en attaquant des forces américaines stationnées en Jordanie.

Le président américain a affirmé que Kharg Island, principal terminal pétrolier iranien, avait été détruit. Cette affirmation n'est pas confirmée par l'armée américaine. À ce stade, elle reste une déclaration et non un fait établi — la nuance compte, parce que le marché réagit de la même façon aux deux.

Un autre élément circule : l'Iran aurait tenté d'utiliser des roquettes pour poser des mines navales dans le détroit, alors que les États-Unis affirmaient la semaine précédente avoir dégagé le passage principal.

La réaction a été immédiate : le Brent est repassé au-dessus de 90 dollars le baril, en hausse de 2,4 %, les Bourses asiatiques ont reculé et les contrats à terme européens et américains perdaient 0,4 à 0,5 %.

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Pourquoi ce détroit compte-t-il autant ?

Ormuz est un couloir maritime étroit par lequel sort le pétrole du Golfe. Environ un cinquième du pétrole mondial y transite, et il n'existe pas de trajet de remplacement rapide : les oléoducs qui le contournent ne peuvent pas absorber ces volumes du jour au lendemain.

Le prix ne réagit donc pas à ce qui est livré aujourd'hui, mais à ce qui pourrait ne pas l'être demain. Le marché intègre une prime de risque : un supplément payé pour l'incertitude elle-même.

Les chiffres disponibles invitent pourtant à la mesure. Selon Goldman Sachs, les exportations pétrolières du Golfe tournent à 15-16 millions de barils par jour : 7 à 8 millions de moins qu'avant la guerre, mais 5 à 6 millions de plus que le creux de mars. Dégradé par rapport à l'avant-guerre, donc, et nettement meilleur que le pire moment.

Dernier point, qui complique la lecture : des navires circuleraient de nuit, transpondeurs éteints, échappant aux sites de suivi maritime. Les volumes réellement transportés sont donc mal connus, y compris de ceux qui les commentent.

Comment le baril arrive-t-il dans votre facture ?

Le pétrole ne se limite pas au réservoir. Il entre dans le transport des marchandises, les plastiques, les engrais, une partie du chauffage.

Les délais diffèrent. Le carburant à la pompe bouge en quelques jours, amorti en partie par les taxes fixes qui composent une part du prix. Les autres prix suivent plus lentement, à mesure que les entreprises répercutent leurs coûts.

En France, l'inflation s'établit à 2,4 % sur un an, et l'énergie progresse de 16,7 %. C'est déjà, de loin, le poste qui tire l'ensemble vers le haut. Une hausse durable du baril s'ajouterait à un mouvement qui n'a pas fini de se diffuser.

Plus l'énergie pèse dans votre budget — logement mal isolé, longs trajets quotidiens, chauffage au fioul — plus l'écart se creuse entre l'inflation générale et celle que vous vivez réellement.

Pourquoi les taux d'intérêt suivent-ils ?

Les banques centrales ont pour mission de contenir la hausse des prix. Leur outil principal est le taux directeur : en le relevant, elles renchérissent le crédit, ce qui freine la demande et calme les prix.

Les marchés n'attendent pas les décisions, ils les anticipent. Aujourd'hui, ils intègrent une hausse des taux de la Banque centrale européenne le 10 septembre. Ils donnent 58 % de probabilité à une hausse de la Réserve fédérale américaine le 16 septembre, et 70 % à une hausse de la Banque du Japon le 18 septembre.

Ces pourcentages méritent d'être lus correctement. Une probabilité de 58 % ne veut pas dire « ça va monter » : elle dit que les paris en cours sont presque partagés. C'est une photographie de l'opinion du marché, pas une prévision.

Le mouvement dépasse d'ailleurs le Moyen-Orient : les rendements des obligations d'État japonaises à dix ans sont au plus haut depuis 1996. Les ministres des finances du G20 se réunissent par ailleurs en Caroline du Nord lundi et mardi.

Ce qui bougeCe qu'on observeCe que ça touche chez vous
BrentAu-dessus de 90 dollars, +2,4 %Carburant, chauffage, transport des biens
Inflation en France2,4 % sur un an, énergie +16,7 %Pouvoir d'achat mois par mois
Anticipations de tauxBCE le 10 septembre, Fed le 16 (58 %), BoJ le 18 (70 %)Coût d'un nouveau crédit
Taux longsObligations japonaises à 10 ans au plus haut depuis 1996Valeur des placements obligataires et des actions

Qu'est-ce que ça change si vous avez un crédit, une épargne ou un projet ?

Un crédit immobilier à taux fixe déjà signé. Rien ne change. Votre mensualité est fixée pour toute la durée du prêt, quoi qu'il arrive aux taux directeurs : c'est exactement ce que vous avez acheté en choisissant un taux fixe.

Un projet immobilier en cours. C'est la situation la plus exposée. Le taux proposé par une banque dépend des taux longs du moment, et l'écart peut se creuser entre l'accord de principe et la signature. Le point à surveiller n'est pas l'actualité géopolitique, mais la durée de validité de votre offre de prêt. Le sujet croise l'arbitrage entre rembourser son crédit ou placer.

Une épargne sur livret. Le Livret A rapporte 1,70 % quand les prix montent de 2,4 %. L'écart existe déjà, avant toute décision de septembre, et une hausse des taux directeurs ne se transmet ni mécaniquement ni immédiatement aux livrets réglementés. Si cet écart vous gêne, la vraie question est celle du passage du livret au placement, avec les risques que cela implique. Pas celle du pétrole.

Une épargne investie. Actions et obligations réagissent aux taux, dans les deux sens. Une séance de recul de 0,4 % ne demande aucune décision : c'est tout l'objet de changer ou non de stratégie quand les marchés baissent.

Faut-il en tirer une conclusion ?

Une seule, et elle est modeste : le lien existe, il est réel, il est lent.

Les prix de l'énergie comptent parmi les plus instables qui soient. Une hausse de 2,4 % en une séance peut être effacée en une autre. Les chiffres de Goldman Sachs le rappellent : les exportations du Golfe sont remontées de 5 à 6 millions de barils par jour depuis mars, sans faire la une.

Un événement de ce type ne dit rien du prix du baril dans trois mois, ni de ce que décidera la BCE. Il décrit un état à un instant donné.

Ce qui reste utile, c'est de savoir où vous êtes exposé : un budget très dépendant de l'énergie, une offre de prêt qui arrive à échéance, une épargne de précaution insuffisante. Ces points se vérifient à froid, pas le jour où une actualité tombe.

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Ce qu'il faut retenir

Investir présente un risque de perte en capital. Cet article est d'ordre général et ne constitue pas un conseil personnalisé.

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